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Comment donner le goût de lire à un enfant ? La première condition est certainement d’en avoir nous-mêmes, adultes, le goût. Ensuite, rien de mieux que de faire appel à sa mémoire : « et moi enfant, est-ce que je me souviens qui, quoi (quel livre ?) m’a donné le goût de lire ? Comment, pourquoi ai-je trouvé ce goût des livres ? » Hubert Ben Kemoun, écrivain, auteur de théâtre, de chansons… et de plus d’une centaine d’ouvrages pour la jeunesse, s’est livré à ce jeu du « je me souviens »…

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Un premier rendez-vous d’amour.

Que personne ne dise devant moi de mal de Oui-oui et le gendarme ! Jamais ! Ce livre est pour moi la plus grande œuvre jamais écrite. Je ne plaisante pas !

Ce livre prodigieux est le premier que j'ai lu tout seul ! Si très franchement, je ne me souviens pas de ce qu’il racontait, je me rappelle parfaitement du gamin de 6 ou 7 ans que j’étais, descendant difficilement mais fièrement sa vertigineuse page de texte, aussi fièrement qu’à la même époque, je commençais à dévaler les pentes de la rue sur mon vélo enfin libéré de ses stabilisateurs. Oui-oui et le gendarme a été mon premier baiser d’amour et nous savons tous l’importance que cela peut avoir pour la suite…

Cela dit, soyons plus clair et honnête… J’adorerais dire ici à quel point, enfant, j’aimais descendre les pages tel un spéléologue chaque jour un peu plus aguerri. J’aimerais bien raconter que moi aussi, à la lueur d’une lampe de poche, je grattais sur mon temps de sommeil et sous des draps devenus tente de fortune pour terminer les chapitres des livres que je dévorais avec un appétit d’ogre… Ah, comme il serait doux de mentir ! Mais non, hormis mon souvenir de premier lecteur seul, je n’aimais pas lire ! Je regardais chaque ouvrage que l’on m’offrait avec frousse et horreur. Un livre n’était qu’un parallélépipède rectangle dont je comptais avant tout le nombre de pages comme on évalue la corvée, le calvaire, la profondeur du gouffre dans lequel on pourrait se perdre.C’est vrai, l’époque n’était pas la même. À ma disposition ne se trouvaient pas les trésors qu’offre aujourd’hui la littérature jeunesse ; il n’y avait pas, à moins de cinq cents mètres de chez moi, une bibliothèque au prêt gratuit où je pouvais aller puiser facilement ces trésors ; jamais un auteur n’était venu dans ma classe pour me parler simplement et franchement de son travail. D’ailleurs, je ne savais pas ce que c’était qu’un auteur.

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Je n’aimais pas lire !... Par contre, j’aimais que l’on me lise !

Cadeau d’amour de ma mère, parfois de mon père ou de ma grande sœur quand elle n’était pas trop fâchée contre moi, j’adorais ce moment affectueux et tendre. On m’invitait au voyage et on ne se contentait pas de m’offrir le billet de train ou d’avion - je n’aurais pas su quoi en faire - non, on s’embarquait avec moi, bien lové entre peluches et oreiller et on s’accoudait au même bastingage pour suivre la même histoire, admirer le même paysage, affronter les mêmes tempêtes. Si la lecture me faisait peur lorsqu’elle était un plaisir solitaire, elle devenait douce quand elle se muait en moment partagé.

Alors j’ai écouté et j’ai lu malgré moi, pas de force, mais à l’insu de ma volonté. Je ne détaillais plus simplement les images. Voilà qu’en apprenant les lettres et les mots, à l’école, je laissais aller mon attention sur ce texte qui chantait dans une bouche proche et aimante. Des mots, j’en photographiais davantage chaque jour, et le « joli gris » de la page de texte prenait plus de sens. Je me suis mis à en vouloir à mes parents de lire tellement plus mal que ne parlait sans doute tel personnage dans cette histoire, à négocier avec eux pour qu’ils aillent au moins jusqu’à telle page, encore un peu…

Moi aussi, j’étais dans les livres.

Je n’avais pas le goût de lire. On pensait me rassasier en me lisant ces pages, mais sans le vouloir, on me mettait en appétit. Non seulement les histoires me plaisaient, les aventures me transportaient, mais il n’y avait pas que cela. Je découvrais cette chose extraordinaire : « j’étais dans les livres » ! Ceux et celles que j’y croisais se posaient les mêmes questions que moi, vivaient les mêmes peurs de mort et d’abandon, trouvaient des solutions qui m’éclairaient.

J’ose avouer que ce goût de la lecture qui a été si lent, si laborieux à se mettre en route est né de cet orgueil, de cette gigantesque vanité… Je me suis plongé dans les livres d’abord pour y avoir rendez-vous avec moi. Garçon timide, zozotant, ayant honte de son nom et de son prénom, j’avais un rencard dans les pages, un rencard d’amour. D’amour-propre peut-être, mais d’amour. Ce n’est qu’à partir de cela que je suis devenu lecteur et gourmand. Parce que nous savons bien que les rendez-vous d’amour ne valent que quand l’autre se pointe. Même avec un peu de retard… mais qu’il ou elle vienne !

Hubert Ben Kemoun.

(photos © Carmen Martínez Banús / istock ; D.R. / Shutterstock.com)

 

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Ne plus leur raconter d’histoires… Si justement !

« Puisque maintenant tu sais lire, tu n’as plus besoin de moi ce soir », voilà une sentence d’abandon fort violente. Ce n’est pas parce qu’ils savent lire que nous devons les abandonner avec leurs pages au lit. Ce qui était un cadeau d’amour d’avant sommeil quand ils étaient encore petits, ne peut devenir un exercice solitaire et pédagogique. Alors continuez à lire à haute voix pour eux, lire avec eux, les inviter à vous lire…

Et vous, vous en êtes où ?

À table, nous voulons qu’ils goûtent de tout. « Tu diras : je n’aime pas ça, quand tu auras goûté ! ». Entendu. Nous avons été nombreux à énoncer cela en déposant le plat de légumes au milieu de la table. Mais eux, nos enfants, nous voient-ils assez souvent goûter de tout ? On peste de les voir scotchés devant des écrans, mais pas question pour nous de rater le début du film même si le dîner n’est pas fini. On se plaint qu’ils ne lisent pas, mais nous voient-ils lire pour nous-même ? On se désole qu’ils ne choisissent que des BD mais nous voient-ils partir à la découverte de lectures nouvelles aux goûts inconnus !

Ne pas voter pareil !

Ce n’est pas qu’un jeu de mot facile, mais fabriquer un lecteur, c’est aussi fabriquer un électeur. C’est-à-dire celui qui choisit. Qui dit sans gêne et sans avoir de comptes à rendre : j’aime, je déteste, cette histoire m’est tombée des mains à la page 4, celle-ci je l’ai relue dix fois tant je l’ai adorée. Nous n’avons pas dans tous les domaines à justifier nos sentiments ou nos émotions. Heureusement !

 
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